Avec sa collection « Gold Master Series », Digital Eclipse ne cherche pas simplement à republier des jeux rétro. Le studio américain propose une nouvelle manière de raconter l’histoire du jeu vidéo : une forme de documentaire interactif où l’on ne se contente pas de regarder des archives, mais où l’on joue directement avec elles. Après The Making of Karateka, consacré à Jordan Mechner et à la création de Prince of Persia, puis Tetris Forever, véritable plongée dans l’histoire mondiale de Tetris, la série continue d’explorer les grandes figures et œuvres fondatrices du média vidéoludique.
L’intérêt de cette approche est qu’elle replace le jeu vidéo dans une histoire culturelle plus large. Les documents d’époque, les interviews, les croquis, les publicités ou encore les prototypes deviennent aussi importants que les jeux eux-mêmes. Le joueur ne découvre plus seulement une œuvre : il découvre le contexte dans lequel elle a été créée, les influences de ses auteurs et la manière dont ces jeux ont marqué leur époque. Dans The Making of Karateka, cette logique permettait déjà de mieux comprendre le travail de Jordan Mechner avant Prince of Persia ; avec Tetris Forever, c’est toute la circulation mondiale d’un jeu devenu universel qui était mise en avant.

Quand le jeu vidéo devient portrait d’auteur
C’est dans cette continuité que s’inscrit Llamasoft: The Jeff Minter Story, probablement l’épisode le plus singulier de la série jusqu’à présent. Cette fois, Digital Eclipse s’intéresse à Jeff Minter, développeur britannique culte et figure incontournable de la micro-informatique des années 1980. Fondateur du studio Llamasoft, Minter s’est construit une réputation à part dans l’industrie grâce à des jeux psychédéliques, expérimentaux et profondément personnels, peuplés de lamas, de moutons mutants et d’effets visuels hypnotiques.
Ce qui frappe dans cette œuvre, c’est la façon dont elle pose une question rarement formulée aussi clairement : qu’est-ce que cela signifie d’avoir une voix dans le jeu vidéo ? Jeff Minter n’a jamais cherché à ressembler à quoi que ce soit d’autre. Ses jeux débordent de couleurs, de sons, d’une énergie brute et personnelle qui évoque davantage la musique underground ou le cinéma expérimental que les productions grand public. Ils sont la signature d’un homme et de ses machines.

The Jeff Minter Story mêle archives, interviews, interface documentaire et jouabilité — offrant même la possibilité de rejouer à une sélection de ses œuvres restaurées. C’est une forme nouvelle, qui dit quelque chose d’essentiel : pour comprendre certains jeux, il faut comprendre celui ou celle qui les a faits, l’époque qu’il traversait, les influences qui l’animaient.



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